La navigation autonome au service des petits ports de pêche

La navigation autonome au service des petits ports de pêche

La bathymétrie des ports pour petits bateaux de la Gaspésie et de la Côte-Nord sera réalisée au printemps grâce à une petite embarcation, dotée des dernières technologies, baptisée La Loutre.

La mesure de l’ensablement des petits quais sera de beaucoup simplifiée grâce à cette nouvelle acquisition par Pêches et Océans. La Loutre est un petit bateau entièrement autonome, mais aussi complètement démontable.

Chaque année, au printemps et à l’automne, l’équipe du service hydrographique du Canada évalue les fonds marins des ports pour petits bateaux de la Gaspésie et de la Côte-Nord. Voir s’il y a des hauts-fonds, des dangers, puis aussi on va pouvoir faire des sondages avant et après dragage , précise Éric Lebel, superviseur régional au Service hydrographique du Canada.

Ce printemps, l’équipe partira avec le petit véhicule dans une remorque où a été aménagé un petit bureau. On le fait [le transport par remorque] parce que c’est plus rapide de le débarquer, de le mettre à l’eau. Mais il pourrait être embarqué dans juste un véhicule tout simplement. Puis, après ça, de le remonter, de le mettre à l’eau , fait valoir M. Lebel.

On multiplie un peu notre temps et notre couverture.

On est vraiment capable de le démonter complètement sans outil, puis de l’embarquer dans des caisses qui vont aller dans des avions , ajoute le responsable du Service hydrographique régional.

Éric Lebel, directeur régional du service hydrographique à l'Institut Maurice-Lamontagne.

Éric Lebel, directeur régional du service hydrographique à l'Institut Maurice-Lamontagne, explique que le petit bateau sera transporté dans une remorque où est aménagé un petit bureau pour l'équipe d'hydrographes.

Photo : Radio-Canada / Myriam Ouellette

Les hydrographes pourront même s’installer sur la plage pour le mettre à l’eau puisqu’il est monté sur roues.

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Des tests en Arctique

La Loutre est arrivée à l’Institut Maurice-Lamontagne en avril dernier.

Toutefois, avant de se rendre en Gaspésie ou sur la Côte-Nord, le catamaran a été démonté, rangé dans ses quatre caisses, puis a été expédié par avion à Resolute, au Nunavut. Il a par la suite été transporté par hélicoptère à bord du brise-glace Pierre-Radisson où l’a rejoint Christian Comtois du service hydrographique du Canada.

Le superviseur des services techniques géomatiques a été le premier à expérimenter la nouvelle embarcation, cet été, afin de mettre à jour les cartes marines dans l’Arctique, dans le cadre du Plan de protection des océans.

Ce qu’on ne savait pas, c’est comment qu’on allait l’utiliser, comment on allait le déployer, comment on allait l’envoyer là-bas aussi , raconte M. Comtois.

Une grue qui lève le bateau autonome au-dessus de l'eau.

Le petit bateau peut être mis à l'eau à partir d'une embarcation plus grande, mais aussi à partir d'un quai et même sur la plage lorsqu'il est monté sur ses roues.

Photo : Gracieuseté : Pêches et Océans Canada

La Loutre a très bien fait ses devoirs, selon M. Comtois. On a réussi à cartographier des hauts-fonds à seulement 50 cm du fond. Il avoue avoir été agréablement surpris par l’appareil qui a pu se rendre dans des endroits qui n’avaient pas encore été cartographiés.

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Même s’il est plus petit qu’une voiture, le catamaran est doté de toutes les composantes nécessaires à la mesure des fonds marins. On a un système multifaisceaux à bord, on a un senseur de mouvement, système GPS qui permet d’aller chercher des précisions centimétriques et de faire un modèle du fond marin comme un modèle numérique de terrain , énumère Christian Comtois.

Deux personnes seulement sont requises pour manipuler l’embarcation. Ça n’enlève pas le travail des hydrographes , précise Christian Comtois. Ça prend quelqu’un qui va gérer la navigation de la machine et ça va prendre quelqu’un qui va gérer l’acquisition des données, voir tout ce qui se passe.

Christian Comtois.

Christian Comtois, superviseur pour le soutien technique géomatique au service hydrographique du Canada.

Photo : Radio-Canada / Myriam Ouellette

L’autonomie de La Loutre a aussi surpris. Doté de batteries au lithium, le véhicule a pu travailler pendant six heures consécutives en mode complètement autonome, dans le froid de l’Arctique.

Reliée au réseau satellitaire

La Loutre est branchée au réseau cellulaire Starlink, ce qui ajoute à sa maniabilité. À la limite, l’appareil pourrait être guidé à partir de la maison. Même de l’autre bout de la planète , commente Éric Lebel.

Pour le responsable régional du service d’hydrographie, la communication cellulaire est une amélioration remarquable comparativement aux technologies autonomes plus anciennes.

Le petit bateau peut être téléguidé, comme une petite voiture. Son trajet peut aussi être déterminé point par point au fur et à mesure du travail. Enfin, il peut naviguer en autonomie complète, de son point de départ à son point d’arrivée. Il va vraiment suivre le plan de ligne qu’on a fait d’une façon autonome, donc sans que nous on intervienne , explique M. Lebel.

Du prototype à la performance

L’idée d’utiliser des véhicules autonomes date d’une dizaine d’années.

Un premier appel d’offres est lancé en 2016 pour doter le service hydrographique des premiers véhicules autonomes. Deux petits prototypes, nommés R2 et D2, ont alors été intégrés au service pour en évaluer l’utilité.

Rapidement, les équipes y ont vu des avantages et deux autres véhicules ont rejoint la nouvelle flotte autonome.

C’est au Québec, notamment, que ces premiers appareils ont été les plus utilisés, même s’ils ont été répartis un peu partout au Canada. Je les appelle la première génération, donc c’était beaucoup plus complexe à utiliser, mais déjà on voyait des avantages pour le déploiement, c’était beaucoup plus facile , raconte Éric Lebel.

L’équipe a utilisé les premiers engins pour se rendre en Basse-Côte-Nord, mais le travail en autonomie était plus limité. On l’apportait à bord d’une autre embarcation. J’avais une équipe qui restait à quai, puis eux faisaient la bathymétrie autour du quai, pendant qu’on faisait plus la bathymétrie à l’extérieur du chenal.

Un catamaran blanc

Les premiers véhicules hydrographiques étaient de petits catamarans de 2,5 mètres, beaucoup moins équipés que peut l'être La Loutre.

Photo : Radio-Canada

Il était temps de changer. Maintenant, on est rendu avec des véhicules où la technologie est bien présente , souligne Éric Lebel. Au départ, c’était vraiment segmenté entre la navigation et la bathymétrie, maintenant, il y a un amalgame entre les deux. La bathymétrie parle à l’autonomie et l’autonomie parle à la bathymétrie parce que l’évolution de la technologie le permet.

Selon Éric Lebel, les coûts de l’équipement ont aussi diminué comparativement à ceux de la première génération et se comparent à l’achat d’un beau gros pick-up avec une belle grosse roulotte à l’arrière.

Une embarcation du même type est basée à Halifax pour la région de l’Atlantique.