Secteur halieutique : le plan d’attaque pour doper la croissance d’ici 2027

Secteur halieutique : le plan d’attaque pour doper la croissance d’ici 2027

Le Maroc lance sa nouvelle feuille de route 2025-2027 pour porter la valeur ajoutée du secteur halieutique à 19,3 milliards de dirhams, en s’appuyant sur un investissement de 1,8 milliard. Cette stratégie, articulée autour de 17 programmes et 87 sous-plans d’action, place l’humain au centre du dispositif avec un objectif de 60% de couverture sociale pour les marins côtiers, tout en visant 34 milliards de dirhams d’exportations et un essor de l’aquaculture. Il est aussi question de porter la consommation nationale annuelle des produis de la mer à 19 kg par habitant.

En s’appuyant sur l’héritage de l’ancien plan stratégique Halieutis, le Maroc s’apprête à amorcer une nouvelle mue de son secteur de la pêche. Entre 2010 et 2023, cette branche d’activité a prouvé sa résilience en doublant quasiment son PIB sectoriel (de 8,9 à 15,7 milliards de dirhams), le tout sur un rythme annuel de croissance de 7%. Les exportations ont suivi la même trajectoire, multipliées par 2,4 pour atteindre 30,9 milliards de dirhams (MMDH) en 2023, soit près de 38% des exportations agroalimentaires nationales.

Avec quelque 127.000 emplois directs à terre et un taux de 97% de gestion des débarquements grâce à la mise en place de 30 plans d’aménagement dans le cadre de l’ancienne stratégie, le Maroc lance désormais une nouvelle feuille de route articulée autour de 17 programmes et 87 sous-plans d’action.

Objectif : une hausse de 3,6 milliards de dirhams de la valeur ajoutée pour porter le total à 19,3 milliards de dirhams à l’horizon 2027.

Les quatre leviers de croissance
Dans le détail, la feuille de route devrait mobiliser une enveloppe de 1,8 MMDH pour la période 2025-2027. Pour porter la valeur ajoutée globale de 15,7 à 19,3 MMDH, la stratégie actionne quatre moteurs de croissance. Il s’agit notamment de la pêche (+1,1 MMDH) où l’on mise sur une meilleure valorisation des captures et l’amélioration de la qualité des structures de débarquement.

L’industrie (+1,5 MMDH), principal contributeur, s’orientera vers des transformations à plus forte valeur ajoutée et l’innovation technologique en usine. L’aquaculture (+0,5 MMDH) accélérera son essor par l’accroissement de la production, la diversification de la production vers d’autres espèces, ainsi que la valorisation et la conquête des marchés. Enfin, le marché local (+0,5 MMDH) sera dynamisé par une stimulation de la consommation intérieure et le renforcement du réseau des marchés de gros et de proximité.

Au cœur de cette stratégie, l’axe humain s’impose comme la priorité, avec l’ambition de transformer radicalement le quotidien des marins. Le plan cible un saut qualitatif majeur : porter la couverture par contrat d’engagement et l’accès au revenu minimum sectoriel (RMS) de 8% actuellement à 60% des marins côtiers. La feuille de route prévoit aussi la création de 300 nouvelles coopératives et deux interprofessions.

L’efficacité opérationnelle est également à l’ordre du jour, avec l’objectif de réduire le temps moyen d’appareillage de 90 à 30 minutes. Cette volonté s’accompagne d’un investissement massif dans la formation et la sécurité, visant à pérenniser les 127.000 emplois directs déjà créés à terre.

34 MMDH à l’export
Le deuxième axe stratégique vise à concrétiser le potentiel de croissance des industries de la mer à travers une reconfiguration du tissu industriel national vers des activités à plus forte valeur ajoutée et l’amélioration de leur compétitivité. Pour renforcer le positionnement du Maroc sur l’échiquier mondial, l’objectif est de porter le chiffre d’affaires à l’export de 29,5 à 34 milliards de dirhams en trois ans.

Cette conquête de marchés s’accompagne d’un virage vert. Le plan prévoit ainsi de porter la part des zones marines protégées de moins de 1% à 10%. La durabilité n’est plus une option mais un levier de compétitivité, avec 97% des débarquements déjà gérés durablement et un renforcement prévu du contrôle contre la pêche illicite (INN) via la digitalisation et l’observation électronique à bord.

De surcroît, le secteur aquacole est identifié comme le véritable gisement de croissance pour l’horizon 2027. Les chiffres témoignent d’une accélération en hausse : le plan vise un chiffre d’affaires des exploitations aquacoles de 500 millions de dirhams, contre seulement 41 millions aujourd’hui. En termes d’emplois, l’ambition est de passer de 1.100 à 8.000 postes directs et indirects.

Pour concrétiser cette vision, l’État prévoit de continuer la mise en place d’incitations financières ciblées et le développement d’une filière d’intrants locale (naissains, aliments) afin de réduire la dépendance aux importations et d’assurer la souveraineté de cette nouvelle industrie. Le développement du secteur de l’aquaculture repose sur un plan de développement en deux paliers.

À court terme, la consolidation des prérequis nécessaires à l’émergence d’une production aquacole et la mise en place d’un cadre incitatif. À moyen terme, la montée en puissance de l’activité et la pérennisation d’un écosystème aquacole, dans une logique d’intégration de la chaîne de valeur, à travers la structuration des réseaux de distribution notamment à l’export, la concrétisation de nouveaux projets aquacoles innovants et la structuration et le développement de l’amont aquacole.

La consommation nationale de 13,6 à 19 kg par habitant/an
Par ailleurs, le quatrième axe s’attaque à la consommation domestique. La feuille de route ambitionne de porter la consommation nationale de produits de la mer de 13,6 kg à 19 kg par habitant et par an. Pour y parvenir, l’État prévoit une refonte des circuits de distribution, incluant la création de deux nouveaux marchés de gros et de huit marchés de proximité modernes.

La réussite du développement du secteur national de la pêche et de l’aquaculture repose sur la dynamisation du marché local et la promotion de la consommation nationale : vecteur de résilience pour l’industrie nationale de transformation des PDM. Cela passe, selon la feuille de route, par l’enracinement de la culture de consommation des PDM chez les Marocains, le développement de la confiance dans la qualité des produits et par l’élargissement de l’accès de tous les Marocains à une gamme diversifiée de PDM via l’incitation au développement par le privé de réseaux structurés de distribution des PDM.

Pour soutenir cette architecture, le Royaume mobilise une enveloppe budgétaire de 1,824 milliard de dirhams sur la période 2025-2027. Ce financement est réparti de manière dégressive (721 MDH en 2025, 616 MDH en 2026 et 487 MDH en 2027) pour amorcer les chantiers les plus lourds dès l’année prochaine. Parallèlement, une transformation administrative profonde est engagée avec la création d’une Direction de la digitalisation et le recrutement de 20 cadres spécialisés.

L’impact final attendu est massif : une multiplication par 1,2 de la valeur ajoutée et des exportations, et surtout la création de 18.000 emplois directs supplémentaires, confirmant le secteur de la pêche comme un pilier inébranlable de l’économie bleue marocaine.

La valeur de la production a progressé de 7%
Actuellement, au titre de l’année 2025, le bilan du secteur de la pêche maritime au Maroc fait ressortir en 2024 une légère baisse des volumes débarqués (1,42 million de tonnes). Toutefois, la valeur de la production a progressé de 7% pour atteindre 16,3 milliards de dirhams, tandis que les exportations se sont maintenues à 28,8 milliards de dirhams.

Cette performance s’appuie sur une force de travail de plus de 260.000 personnes, dont 134.509 marins, bénéficiant désormais d’un pilier social renforcé par la généralisation de l’Assurance maladie obligatoire (AMO) et la préparation de l’intégration aux allocations familiales pour 2026. La sécurité humaine reste une priorité absolue, illustrée par l’investissement de 69,5 millions de dirhams pour équiper 69.250 marins-pêcheurs en gilets de sauvetage et le renforcement de la flotte de sauvetage.

Sur le volet scientifique, l’INRH a opéré un saut qualitatif avec la mise en service de navires de recherche de nouvelle génération comme Al Hassan Al Marrakchi et Al Bahith, permettant une évaluation de plus de 60 espèces et l’intensification des campagnes océanographiques. La durabilité est également servie par des initiatives écologiques telles que le remplacement des pots en plastique par des pots en argile biodégradables pour la pêche au poulpe à Dakhla, alliant préservation des écosystèmes et promotion de l’artisanat local.

Parallèlement, le secteur aquacole s’affirme comme un relais de croissance stratégique avec 324 projets autorisés, mobilisant 2,8 milliards de dirhams d’investissements pour une production attendue de 210.000 tonnes. La modernisation des infrastructures de commercialisation n’est pas en reste, avec la digitalisation des ventes aux enchères (34 MDH) et la construction de halles nouvelle génération au port de Lamhiriz ou d’Al Hoceima.

L’État investit massivement dans les circuits de proximité à travers de nouveaux marchés de gros à Fès et Nador, visant à garantir la souveraineté alimentaire nationale et un accès équitable aux produits de la mer. Le renforcement des capacités techniques se poursuit avec l’acquisition de simulateurs de navigation et d’un navire-école pour la formation maritime.

Enfin, le rayonnement international du Royaume se consolide par le biais de l’Initiative «Ceinture Bleue» et l’organisation de sommets comme l’Africa Ocean Week à Tanger en 2024 en plus de la coopération Sud-Sud, notamment avec l’Afrique.